La femme que je suis

© Yzipp Visu

Durant une grande partie de ma vie, j’ai été tiraillée entre ce que j’étais et ce que je pensais devoir être.
Surtout car, ayant reçu une éducation traditionnelle et conservatrice depuis ma plus tendre enfance, il y a beaucoup de choses qu’on m’avait dépeintes comme étant inconcevables, impures, immorales et je n’avais jamais osé les remettre en question.

J’ai toujours suivi cette ligne directrice, la seule que je connaissais, arrivant même à penser que l’étincelle que je ressentais au fond de moi et tout ce qui était en dehors de ces murs que j’avais aidé à bâtir, allaient à l’encontre de ce qui faisait de moi quelqu’un de bien.

J’étais tellement sage, qu’à l’école, ma meilleure note était en « comportement général ». On m’avait appris que je devais être cette fille parfaite, douce, obéissante et chaste, aussi bien de jour que de nuit, aussi bien quand il y avait du soleil que quand il pleuvait à grosses gouttes, et il faut dire que j’ai fini par m’en laisser convaincre.

Puis, à mon arrivée sur le vieux continent, j’ai compris que le monde était bien plus vaste que je ne le pensais, avec des cultures, goûts, croyances diverses et que j’avais une chance de découvrir qui j’étais vraiment, si seulement je prenais le risque de tout remettre en question.

Étais-je vraiment fondamentalement aussi obéissante, douce et chaste que je l’avais été jusque-là ? N’étais-je que cela ?

Rome ne s’est pas faite en un jour et répondre à cette question fut également un long cheminement.

Ce voyage, où j’ai ouvert toutes les possibilités, où je me suis laissée carte blanche et où je me suis écoutée profondément, m’a fait comprendre que tout ce que j’avais été jusque-là n’était pas faux, loin de là, mais que j’étais davantage que cela.

Ce parcours m’a permis d’arriver jusqu’à Lady Annia, que j’incarne depuis un peu plus de deux ans. À travers elle, je laisse éclore cette partie de moi que j’ai longtemps reniée et je navigue allègrement dans des eaux chaudes, me laissant pénétrer par tous les plaisirs de la vie.

Ce qui a été pour moi le plus difficile à intégrer, ce fut de comprendre que la cohabitation en mon for intérieur de tous ces éléments apparemment antinomiques ne remettait pas en cause mon intégrité en tant que femme.

Je me suis rappelée de l' »hymne à Isis », qui avait fait écho en moi lorsque je l’avais découvert. Je vous en partage un petit extrait :

« Parce que je suis la première et la dernière.
Je suis la vénérée et la méprisée.
Je suis la prostituée et la sainte.
Je suis l’épouse et la vierge… »

Je ne savais pas comment exprimer cette dualité en moi, alors je ne le faisais pas. Par exemple, un jour, au milieu d’un moment sauvage avec mon partenaire, je lui ai demandé un câlin tendre et il a choisi d’ignorer ma demande.

J’aurais voulu qu’il comprenne que pour être aussi sauvage, j’avais besoin de sa tendresse et inversement.

C’est ce jour-là que j’ai compris que je ne pouvais taire aucun de ces deux côtés de moi car ils se nourrissent mutuellement et font de moi celle que je suis.

La vérité est que…

Je suis le yin et je suis également le yang : on peut ne voir qu’un de ces côtés, mais l’autre n’est jamais loin.

J’adore les plaisirs intenses, mais j’adore tout autant les caresses douces et innocentes : on peut toucher mon âme de deux manières.

Je n’aime pas l’obscurité, pourtant je la cherche fréquemment : j’ai peur de ce que je ne peux pas voir, mais en même temps cela aiguise mes sens.

J’aime être une femme, mais mes jours rouges sont plus difficiles que les autres : les douleurs me terrassent, bien que ma libido soit à son apogée.

J’aime écrire des poèmes romantiques, mais aussi des textes remplis de volupté : l’érotisme n’est pour moi qu’une extension des sentiments et de l’amour.

Je prends autant goût à faire plaisir aux autres qu’à ce qu’on me fasse plaisir : le partage me nourrit.

Et si on va plus loin…

Je suis une femme rêveuse qui a la plupart du temps la tête dans les nuages, mais il m’arrive également de marcher sur la terre ferme.

Je suis une femme très tendre qui peut devenir salope au lit, mais aussi une femme insatiable pleine de tendresse.

Je suis une femme-enfant quand je me sens en confiance, mais je peux avoir la sagesse d’une vieille dame si on vient me demander conseil.

Je suis une femme qui essaye de suivre les règles la plupart du temps, mais je ne peux parfois m’empêcher d’être une vraie rebelle.

Je suis une femme qui peut se montrer très douce, mais quand le feu est présent, je suis incapable de lui résister et me laisse consumer par la fougue.

Je suis une femme faite de milliers de pièces, comme un grand puzzle et Lady Annia n’est qu’une d’entre elles : cela n’a pas été facile, mais j’ai fini par accepter cette dualité qui fait de moi la femme que je suis.

Lady Annia

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par Anders Noren.

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